À l’occasion de la Journée internationale de l’éducation, ce 24 janvier, Action Education Suisse tire la sonnette d’alarme face à une année de recul sans précédent de la solidarité internationale. Ce qui aurait dû être une célébration du droit fondamental à l’éducation marque en réalité le premier anniversaire d’un séisme mondial : le retrait massif de financements internationaux, amorcé il y a un an avec le gel brutal des programmes de l’USAID.
Ce 24 janvier devrait être une journée de célébration. Pourtant, pour des millions d’enfants à travers le monde, la lumière de l’école s’éteint. En janvier 2025, le démantèlement de l’USAID, l’agence de développement américaine, a privé le secteur humanitaire et du développement de l’un de ses principaux bailleurs. Un an plus tard, le constat est sans appel : ce retrait a déclenché un effet domino mondial. Sous couvert de priorités budgétaires nationales ou sécuritaires, de nombreux États réduisent leur aide publique au développement, mettant en péril l’avenir de générations entières.
L’onde de choc américaine : un an de silence
Depuis le gel des financements américains, le secteur humanitaire et du développement est en état d’asphyxie. Des milliers de contrats ont été résiliés du jour au lendemain, laissant de nombreuses organisations face à des « stop work orders » dévastateurs. Pour certaines ONG, les financements américains représentaient jusqu’à 30 %, voire 45 % de leur budget.
L’impact n’est pas seulement financier : il est humain. En un an, l’arrêt brutal de programmes de santé, de nutrition et d’éducation a mis en péril la vie de millions de personnes. Selon les modèles de prédiction les plus alarmants, notamment ceux publiés par The Lancet, jusqu’à 14 millions de décès évitables pourraient survenir d’ici 2030 si cette tendance se poursuit, dont 4,5 millions d’enfants.
L’Europe et la Suisse : la contagion du renoncement
Face au retrait américain, les pays européens, dont la Suisse, auraient pu jouer un rôle d’amortisseur. Ils ont majoritairement choisi le repli. Plusieurs États ont annoncé des coupes importantes dans leur aide publique au développement, y compris dans des secteurs essentiels comme l’éducation.
La Suisse n’échappe pas à cette dynamique préoccupante. Historiquement reconnue pour son engagement en faveur de la coopération internationale, elle a récemment pris des décisions qui fragilisent son soutien à l’éducation dans les pays partenaires. Comme d’autres bailleurs européens, la Suisse a réduit, voire cessé, son financement de l’éducation de base, alors même que ce secteur est crucial pour les pays les moins avancés, en particulier en Afrique.
Entre 2021 et 2023, un petit nombre de pays donateurs – dont les États-Unis, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse – représentaient près des deux tiers de l’aide internationale à l’éducation. Le retrait ou l’affaiblissement de ces acteurs a donc un impact immédiat et massif sur les systèmes éducatifs les plus fragiles.
Six millions d’enfants au bord du gouffre
Les conséquences pour l’éducation mondiale sont dramatiques. Certains pays traditionnellement engagés dans ce secteur ont cessé tout financement de l’éducation de base, tandis que d’autres ont drastiquement réduit leur soutien. Les États-Unis ont gelé l’essentiel de leurs programmes éducatifs, entraînant la suppression de plus de 165 programmes d’éducation à travers le monde.
Selon l’UNICEF, l’aide internationale à l’éducation pourrait chuter de 3,2 milliards de dollars d’ici la fin de l’année 2026. Cette baisse risque de faire passer le nombre d’enfants et de jeunes non scolarisés de 272 à 278 millions dans le monde, soit six millions supplémentaires – l’équivalent de l’ensemble des élèves du primaire en Allemagne et en Italie réunis.
L’UNESCO alerte également sur une diminution estimée à 25 % des financements internationaux alloués à l’éducation entre 2023 et 2027, soit deux fois plus que les estimations initiales. Plusieurs pays partenaires risquent de voir leurs systèmes éducatifs s’effondrer : certains pourraient perdre jusqu’à la moitié de leur aide extérieure à l’éducation. Les coupes touchent de plein fouet l’éducation primaire et l’éducation en situation d’urgence, au moment même où les besoins n’ont jamais été aussi importants. Le recul des financements dédiés à l’éducation des filles est particulièrement alarmant, les exposant à nouveau aux mariages précoces, à l’exploitation et à l’exclusion.
Journée internationale de l’éducation : le cri d’alarme et de mobilisation citoyenne d’Action Education
Face à cette crise mondiale, Action Education alerte : le gel des financements américains et les coupes européennes ne sont pas des fatalités techniques, mais des choix politiques. Des choix qui mettent en danger l’avenir de millions d’enfants et de jeunes.
À l’occasion de cette Journée internationale de l’éducation, Action Education appelle les bailleurs internationaux – y compris la Suisse – à préserver et renforcer les financements consacrés à l’éducation, à les aligner sur les besoins réels des populations et à soutenir une mobilisation plus juste et durable des ressources.
C’est pour dénoncer cette urgence trop souvent passée sous silence qu’Action Education a conçu sa nouvelle exposition : « L’éducation est une urgence ! Passons à l’Action. »
À travers son histoire, ses projets et ses mobilisations, l’organisation démontre que l’éducation ne peut être une variable d’ajustement budgétaire. Elle est le socle indispensable pour lutter contre les inégalités, prévenir les crises et les conflits, et faire face aux défis climatiques.
Parce que l’avenir de millions d’enfants en dépend, Action Education appelle la Suisse et l’ensemble des pays donateurs à :
- préserver leurs engagements en matière de coopération internationale et de financement de l’éducation ;
- prioriser l’éducation de base et l’éducation en situation d’urgence dans les pays les plus vulnérables ;
- renforcer l’aide en faveur des pays les moins avancés, en privilégiant des financements sous forme de dons ;
- soutenir durablement les mécanismes multilatéraux dédiés à l’éducation ;
- accompagner les États partenaires afin qu’ils consacrent une part suffisante de leur budget national à l’éducation ;
- garantir que tout financement impliquant le secteur privé respecte le rôle central du service public d’éducation.
L’éducation n’est pas un coût. C’est un investissement vital pour un avenir plus juste, plus stable et plus solidaire.













