Le 3 juin, le monde célèbre la Journée mondiale de la bicyclette. En Suisse romande, de Genève à Neuchâtel, alors que nous voyons nos pistes cyclables se développer toujours plus pour répondre aux défis climatiques et de désengorgement, nous associons souvent le vélo à la santé, au loisir ou à l’éco-mobilité. Pourtant, à l’échelle planétaire, la bicyclette est bien plus qu’une alternative écologique : c’est un vecteur puissant de justice sociale, un outil d’émancipation politique et, pour des millions d’enfants, le chaînon manquant vers l’éducation.
L’émancipation par le mouvement : briser les barrières financières et de genre
En 1896, la suffragette américaine Susan B. Anthony déclarait que le vélo avait « fait plus pour l’émancipation des femmes que n’importe quelle autre chose au monde ». En permettant aux femmes de se déplacer de manière autonome, elle a bousculé les normes sociales et vestimentaires de l’époque. Aujourd’hui encore, dans de nombreuses régions du monde, le vélo demeure un outil de rupture majeure avec l’isolement et la dépendance.
Voyager à pied limite les opportunités et dépendre des transports motorisés impose un coût financier souvent prohibitif pour les populations les moins aisées. En offrant une mobilité gratuite après acquisition, le vélo brise ces barrières économiques. Pour une femme ou une jeune fille, posséder un vélo, c’est s’approprier l’espace public de manière active. C’est décider de son itinéraire, maîtriser son temps et s’affranchir des contraintes géographiques qui la cantonnent trop souvent au seul espace du foyer. Cet effort physique partagé avec la machine génère une conscience de sa propre force et une autonomie psychologique indispensable à l’émancipation.
La distance, premier frein à l’accès à l’école
Chez Action Education, notre travail sur le terrain nous confronte quotidiennement à une dure réalité : dans les zones rurales isolées, la distance et l’état des routes sont les premiers ennemis de l’apprentissage. Entre la distance du domicile à l’école et l’insécurité sur le chemin pour s’y rendre, certains parents renoncent à envoyer leurs enfants à l’école. Fournir une bicyclette aux enfants rassure les parents et diminue la durée du trajet.
Dans les pays en développement où nous intervenons, un enfant doit parfois marcher de longues heures, sur des chemins ou des routes difficiles, pour atteindre la première école. Faire ce trajet à pied, dans des conditions météorologiques parfois très difficiles, épuise les élèves avant même qu’ils n’ouvrent un cahier.
Ce fardeau pèse de manière disproportionnée sur les jeunes filles. Les longs trajets isolés les exposent à des risques accrus de harcèlement ou d’agressions. Face à l’insécurité, le choix des familles est souvent radical : retirer les filles de l’école, accélérant le décrochage scolaire et les risques de mariages précoces. Comme le montrent plusieurs études, en Inde, au Malawi, ou au Zimbabwe, la bicyclette aide les filles à aller à l’école, mais surtout à y rester.
La bicyclette, accélérateur d’éducation et passeport pour l’autonomie
C’est ici que la bicyclette déploie tout son potentiel de transformation. À effort énergétique égal, le vélo est 2 à 3 fois plus efficace que la marche et permet de se déplacer jusqu’à 4 fois plus vite. Intégrer la mobilité dans nos projets éducatifs change radicalement la donne pour les communautés rurales. L’impact de la mise à disposition de vélos est immédiat :
- Un temps de trajet divisé par trois : Moins de fatigue physique se traduit par une meilleure attention et de meilleurs résultats en classe. En utilisant le vélo, les enfants peuvent se rendre à l’école sans l’inquiétude d’être en retard, et sans devoir rater leur repas du matin, nécessaire au bon apprentissage : « Dans de très nombreux cas, les enfants font l’impasse sur le petit-déjeuner dans l’espoir d’arriver à l’heure à l’école. Ainsi le matin, en utilisant le vélo, les enfants peuvent se rendre à l’école sans inquiétude d’être en retard, et sans rater un repas nécessaire au bon apprentissage. » Samphors Vorn, Directeur d’Action Education au Cambodge
- Une sécurité renforcée : En se déplaçant plus rapidement et souvent en groupe, les élèves, et particulièrement les filles, réduisent drastiquement leur vulnérabilité sur les routes. À ce titre, une vaste étude réalisée en Zambie sur 37 000 filles montre qu’une jeune fille ayant reçu un vélo voit son risque de harcèlement sur le chemin de l’école diminuer de 22 %.
- Une baisse massive de l’absentéisme : Les taux d’abandon scolaire s’effondrent, et le temps gagné sur le trajet est autant de temps récupéré pour étudier, aider la famille ou simplement jouer. Le vélo permet ainsi de réduire de 33 % le risque d’absentéisme et offre 19 % de chance supplémentaire de ne pas abandonner complètement l’école.
L’action terrain d’Action Education : l’exemple du Cambodge
Au Cambodge, comme dans plusieurs autres pays d’intervention d’Action Education, la mise à disposition de vélos constitue désormais un levier essentiel pour favoriser la persévérance scolaire. Dans les zones rurales du pays, où les infrastructures routières sont précaires et les écoles secondaires souvent très éloignées, le vélo est un outil d’inclusion à part entière. Fin 2025, un total de 22 666 vélos avaient ainsi été distribués à des enfants particulièrement vulnérables, garantissant ainsi que la distance géographique ne devienne jamais un frein au droit à l’éducation.
Samphors Vorn rappelle l’urgence de cette action sur le terrain :« Beaucoup de parents veulent envoyer leurs enfants à l’école, mais la pauvreté les oblige souvent à choisir entre l’éducation et la survie. Notre rôle est de contribuer à lever ces barrières »
Faisons rouler l’éducation ensemble
En cette Journée mondiale de la bicyclette, alors que nous pédalons sur nos routes romandes, rappelons-nous que cet outil qui semble si simple est une clé majeure du développement international et de l’atteinte de l’Objectif de Développement Durable (ODD) 4 pour une éducation de qualité. Permettre à un enfant, et particulièrement à une fille, de posséder un vélo, c’est lui ouvrir les portes de l’école, de l’égalité et de l’autonomie. Garantir ce droit fondamental à l’instruction, c’est parfois simplement fournir deux roues, un cadre et des pédales.
Pour que la distance ne soit plus jamais un frein au savoir, soutenez les actions de terrain d’Action Education. Ensemble, faisons rouler l’éducation et avancer l’égalité.













