À Antananarivo, les « hommes positifs » des clubs Bandy Miabo, jeunes volontaires engagés pour le respect et l’égalité, contribuent à faire évoluer les représentations traditionnelles de la masculinité. À travers le projet Sandratra d’Action Education, la promotion d’une masculinité positive devient un levier essentiel pour soutenir l’autonomisation des jeunes mères célibataires.
Le défi de la monoparentalité précoce à Madagascar
À Madagascar, les jeunes mères célibataires vivent souvent dans une grande précarité. Fréquemment marginalisées par leur entourage et abandonnées par les pères de leurs enfants, elles doivent faire face à de nombreux obstacles. Parmi les plus déterminants figure l’abandon scolaire précoce lié à une grossesse. Privées de diplôme ou de qualification professionnelle, ces jeunes femmes risquent de rester enfermées dans un cycle de pauvreté difficile à briser.
Pour répondre à cette réalité sociale, le projet Sandratra accompagne prioritairement 900 jeunes mères célibataires âgées de 15 à 29 ans, issues des quartiers les plus défavorisés de la capitale. Souvent exclues des circuits économiques classiques, elles assument seules la responsabilité de leur foyer. Le projet propose ainsi une approche globale, agissant à la fois sur les conséquences et sur les causes profondes de cette situation.
Sandratra : de la précarité vers l’autonomie
Soutenu par l’Agence française du développement (AFD) et l’ONG Solidarité Laïque, le projet repose sur un partenariat étroit avec la Commune Urbaine d’Antananarivo (CUA). En 2025, la signature d’une convention avec le Ministère du Tourisme et de l’Artisanat a permis de développer des formations certifiantes dans des secteurs porteurs : cuisine, boulangerie, couture et maroquinerie.
Le réseau d’entreprises EFOI (Entreprendre au Féminin Océan Indien) participe également à cette dynamique en recrutant certaines jeunes diplômées, facilitant leur insertion professionnelle.
« Je m’appelle Rasoamananjara Joséphine, j’ai 25 ans et j’ai un enfant. J’ai arrêté l’école à 15 ans en classe de 4ème. Avant Sandratra j’étais femme de ménage, maintenant, je tiens un petit restaurant à Namontana. Le nombre de clients est assez aléatoire, mais j’ai déjà 10 habitués. Avant j’avais beaucoup de difficultés financières. Maintenant avec la vente, mes revenus ont augmenté et couvrent nos besoins. L’année dernière, je n’ai pu prendre en charge que deux mois d’école. Cette année, c’est moi qui vais prendre en charge la scolarisation de mon enfant. »
Joséphine, jeune mère accompagnée vers l’auto-emploi.
Les clubs Bandy Miabo : engager les hommes pour le changement
Le projet Sandratra repose aussi sur une dimension innovante : la promotion de la masculinité positive. L’objectif est d’encourager les hommes à abandonner les comportements de domination pour adopter des attitudes fondées sur le respect mutuel et le partage des responsabilités.

Les gagnants du tournoi pour la sensibilisation à la masculinité positive à travers le sport, stade de Betongolo, Madagascar. 21 février 2026 © AE Madagascar
Les clubs « Bandy Miabo » (« hommes positifs ») rassemblent des jeunes volontaires formés aux droits humains. Devenus acteurs du changement, ils mènent des actions de sensibilisation auprès de leurs pairs par le sport et la culture. Le 21 février 2026, au stade de Betongolo, des tournois de football et des concerts réunissant notamment l’artiste Ramora Favoris ont illustré cet engagement collectif.
Leur parcours de formation s’appuie sur quatre piliers :
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- la déconstruction des stéréotypes liés à la masculinité traditionnelle : les participants sont invités à questionner les normes sociales associées au rôle masculin, telles que la domination dans le couple, rejet de l’expression des émotions ou responsabilité parentale limitée.
- l’éducation aux droits et à la prévention des violences basées sur le genre : les jeunes reçoivent une formation sur les droits humains, l’égalité femmes-hommes et les mécanismes de protection existants. L’objectif est de leur permettre d’identifier les situations de violence ou de discrimination et d’adopter des comportements favorisant la prévention au sein de leur communauté.
- le développement du leadership et des compétences de plaidoyer : les hommes participants reçoivent une formation sur les droits humains, l’égalité femmes-hommes et les mécanismes de protection existants.
- la cohésion au sein du Labis (laboratoire d’innovation sociale), favorisant l’entraide et le soutien mutuel.
Le Labis, ou laboratoire d’innovation sociale, constitue est un espace d’accompagnement destiné aux jeunes mères célibataires soutenues par le projet Sandratra. Pensé comme un lieu sûr et inclusif, il leur permet de se réunir, d’échanger leurs expériences, de développer des compétences sociales et professionnelles et participer à des initiatives communautaires valorisant leur rôle au sein du quartier. Le Labis favorise ainsi l’entraide entre bénéficiaires et contribue à renforcer leur autonomie, leur capacité d’expression et leur participation citoyenne
Cette démarche vise une transformation durable : passer de la domination à la responsabilité et au soin (« care »). Elle contribue à lutter contre le silence entourant les injustices domestiques et le désengagement paternel, tout en encourageant une solidarité active envers les mères célibataires. Au sein du Labis, les jeunes hommes développent une empathie concrète en soutenant les mères célibataires à travers des actions collectives, comme l’assainissement d’espaces communautaires ou la co-création de podcasts. Porté par des jeunes pour des jeunes, le message devient ainsi un partage d’expérience plutôt qu’une leçon morale.
Un projet qui produit des résultats durables
Après trois années de mise en œuvre, les résultats témoignent de l’efficacité de cette approche globale :
- 900 jeunes mères célibataires ont acquis des compétences professionnelles adaptées à leur environnement
- 630 femmes exercent aujourd’hui une activité génératrice de revenus leur permettant d’assumer leurs charges familiales et d’assurer l’éducation de leurs enfants
- une image sociale évolue positivement, certaines prenant désormais des responsabilités citoyennes
- la Commune Urbaine d’Antananarivo poursuit l’accompagnement et s’engage à accompagner 150 nouvelles jeunes mères par an.
L’égalité se construit au quotidien
Alors que le mois consacré aux droits des femmes touche à sa fin, le projet Sandratra rappelle que l’égalité de genre s’inscrit dans la durée. L’engagement des hommes constitue un facteur déterminant pour prévenir les violences et réduire la pauvreté. Selon l’ONU, chaque dollar investi dans l’éducation d’une fille peut générer un retour économique triple à l’échelle mondiale.
Lorsque les hommes deviennent des alliés actifs, c’est toute la communauté qui progresse vers davantage de justice sociale.
« Avant la communauté me rabaissait parce que je n’avais pas d’emploi ou parce que j’étais la bonne de quelqu’un. Maintenant, ma vie s’est améliorée avec mon travail. Cette même communauté dit que même si je suis mère célibataire, j’ai pu progresser dans la vie. Je fais la fierté de la société et je suis considérée comme un modèle pour les jeunes. »
Joséphine, auto-entrepreneure.
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